ARTHUR SCHNITZLER


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En 1895, Vienne, bastion du libéralisme par excellence, fut balayée par un raz de marée chrétien social. La politique du parti vainqueur combinait tout ce que les libéraux bon teint avaient en horreur : l’antisémitisme, le cléricalisme et le socialisme municipal.

Cette défaite eut de profondes répercussions psychologiques : plus que la décadence du libéralisme, c’est son impuissance qu’elle marquait. Comme l’action dans la cité s’avérait de plus en plus vaine, pour ces libéraux déçus, l’art devint un substitut, presque une religion où puiser un sens à la vie, où trouver les nourritures spirituelles.

Alors de derrière le masque des valses de Vienne sirupeuses et hypocrites surgirent les sons dissonants de Schoenberg, la sensualité des tableaux de Klimt, puis le dénuement cru de Schiele, la pénombre des âmes de Schnitzler

Fils d’un laryngologue réputé, Schnitzler, malgré ses penchants dès l’enfance pour l’art dramatique, devient médecin selon les volontés de son père, mais s’intéresse particulièrement aux maladies mentales. Il devient un expert en hypnotisme à des fins cliniques. Schnitzler, qui ose parler librement des femmes, de la sexualité, de l’antisémitisme, de l’honneur de l’armée et de son hypocrisie, des fantasmes de l’inconscient, de la pénombre des âmes, et cela avec une telle lucidité, déroute une société viennoise brillante, légère, frivole, qui dissimulait adroitement misère et mensonges sous les strass et les rires, parce qu’il lui renvoie sa propre image.

Mieux qu’aucun autre, il a su décrire, avec une grande lucidité, la matrice sociale dans laquelle prirent forme nombre des composantes de la subjectivité du XXème siècle : la culture morale et esthétique moribonde de la Vienne fin de siècle. Schnitzler est l’auteur par excellence du passage d’un monde à l’autre, de celui du XIXème, qu’il décrit de façon satyrique avec ses hypocrisies et ses masques, à celui du XXème, qu’il annonce avec toute sa modernité, le monde où les instincts et l’inconscient trouveront leur place.

 

/ générique

Un documentaire d’ André Moraccini 

Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc

Montage Dominique Roy 

Image Dan Barcea Stéphane Carbon

Son Michael Spitzl

Musique originale Richard Bois


Avec la participation de France 3

© Kuiv Productions 2000