ROMAN KARMEN
“De tous les arts, le cinéma est pour nous le plus important” disait Lénine.
Roman Karmen, ambassadeur non officiel de la cause soviétique, s’est conformé toute sa vie à cette maxime.
Qui est Roman Karmen : officier, propagandiste, cinéaste ? Au service du régime soviétique, il est correspondant de guerre de presse filmée en Espagne en 1936, envoyé spécial en Chine en 1938 pendant la guerre sino-japonaise, mobilisé dans l’Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, responsable de la délégation soviétique à Nuremberg.
Il passe du ciné-journalisme à la mise en scène et vice versa, n’hésitant pas à reconstituer des événements majeurs non filmés tels que la bataille de Stalingrad. À partir des années 50, il se fait l’ambassadeur itinérant des révolutions socialistes… Il est un personnage complexe, multiple, qui ne regarde que ce qu’il veut montrer, partant du principe qu’il n’existe pas de vérité au cinéma.
En relatant le parcours hors du commun de Karmen, ce documentaire s’intéresse à la fonction de l’image ou, plus exactement, à la manipulation de celle-ci. Une image comporte toujours une signature, ne serait-ce qu’à travers le point de vue choisi ; il faut la façonner, la construire avant de l’enregistrer. Roman Karmen, qui le sait, place le spectateur au cœur même des combats, aussi bien dans ses “fictions” ou films journalistiques tournés après coup que dans ses documentaires de guerre.
Karmen n’est pas à l’abri de clichés, nourris de ses idéaux politiques. Fidèle défenseur du socialisme, il est de tous les combats, avec sa caméra pour arme : il encense les héros soviétiques du travail à l’usine, filme les grands symboles du socialisme comme l’alphabétisation à Cuba, dresse le portrait de Mao, encore inconnu, en train de lire Staline, et ignore délibérément la terreur qui gagne son pays en livrant des images de voiliers et de bien-être en pleine période de goulag…
/ presse
:: Ce film est d’abord un condensé fulgurant des enfers du XXe siècle. Monstrueuse et désespérante litanie d’atrocités, perpétrées au nom des nations et des luttes idéologiques. La saga de Karmen, telle que rapportée par Patrick Barberis tient presque du phénomène d’illusion. Tant ce documentaire, remarquable à plus d’un titre, massacre précisément et preuves à l’appui la notion de vérité objective.
Le Monde
:: Ce documentaire, qui embrasse une grande partie de l’histoire tourmentée du siècle dernier, abonde d’images, toutes tournées par Karmen. Il est servi en outre par un commentaire habile. Libération
:: L’évènementiel est d’une richesse inouïe, mais le plus intéressant réside sans doute dans l’interrogation toujours sous-jacente sur l’image, sa construction et sa part de subjectivité.
Télé Loisirs
/ générique
Un documentaire de Patrick Barbéris et Dominique Chapuis
Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Montage Françoise Bernard, Paul Morris
Musique originale Jean Pierre Drouet
Avec la participation de Arte France
© Kuiv Productions 2002
ARTHUR SCHNITZLER
En 1895, Vienne, bastion du libéralisme par excellence, fut balayée par un raz de marée chrétien social. La politique du parti vainqueur combinait tout ce que les libéraux bon teint avaient en horreur : l’antisémitisme, le cléricalisme et le socialisme municipal.
Cette défaite eut de profondes répercussions psychologiques : plus que la décadence du libéralisme, c’est son impuissance qu’elle marquait. Comme l’action dans la cité s’avérait de plus en plus vaine, pour ces libéraux déçus, l’art devint un substitut, presque une religion où puiser un sens à la vie, où trouver les nourritures spirituelles.
Alors de derrière le masque des valses de Vienne sirupeuses et hypocrites surgirent les sons dissonants de Schoenberg, la sensualité des tableaux de Klimt, puis le dénuement cru de Schiele, la pénombre des âmes de Schnitzler…
Fils d’un laryngologue réputé, Schnitzler, malgré ses penchants dès l’enfance pour l’art dramatique, devient médecin selon les volontés de son père, mais s’intéresse particulièrement aux maladies mentales. Il devient un expert en hypnotisme à des fins cliniques. Schnitzler, qui ose parler librement des femmes, de la sexualité, de l’antisémitisme, de l’honneur de l’armée et de son hypocrisie, des fantasmes de l’inconscient, de la pénombre des âmes, et cela avec une telle lucidité, déroute une société viennoise brillante, légère, frivole, qui dissimulait adroitement misère et mensonges sous les strass et les rires, parce qu’il lui renvoie sa propre image.
Mieux qu’aucun autre, il a su décrire, avec une grande lucidité, la matrice sociale dans laquelle prirent forme nombre des composantes de la subjectivité du XXème siècle : la culture morale et esthétique moribonde de la Vienne fin de siècle. Schnitzler est l’auteur par excellence du passage d’un monde à l’autre, de celui du XIXème, qu’il décrit de façon satyrique avec ses hypocrisies et ses masques, à celui du XXème, qu’il annonce avec toute sa modernité, le monde où les instincts et l’inconscient trouveront leur place.
/ générique
Un documentaire d’ André Moraccini
Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Montage Dominique Roy
Image Dan Barcea , Stéphane Carbon
Son Michael Spitzl
Musique originale Richard Bois
Avec la participation de France 3
© Kuiv Productions 2000
NIJINSKI, UNE ÂME EN EXIL
Le 8 avril 1950, à Londres, à l’âge de soixante ans, s’éteignait celui que le monde avait surnommé le dieu de la danse. Danseur et chorégraphe de génie, Vaslav Nijinski est reconnu aujourd’hui comme l’un des pères de la danse moderne occidentale.
L’Après-midi d’un faune, chorégraphie de Nijinski datant de 1912 est toujours inscrit au répertoire des plus grandes compagnies de danse du monde entier. Le Sacre du printemps, en 1913, dont la chorégraphie est aujourd’hui perdue, a inspiré quelques uns des créateurs les plus importants du XXème siècle : Maurice Béjart, Pina Bausch, Glenn Tetley, Mats Eks, pour ne citer que ceux-là, ont donné leur propre version de ce chef-d’oeuvre musical et chorégraphique.
C’est dire que l’héritage artistique laissé par Vaslav Nijinski ne cesse d’inspirer danseurs, chorégraphes et chercheurs.
– Que sait-on de l’homme derrière le mythe ?
– De ses relations avec Diaghilev, son amant, pygmalion, imprésario ?
– Des circonstances exactes de son mariage avec Romola de Pulzki, la future éditrice des Cahiers ?
– De ses tendances au mysticisme et de son mariage avec Dieu le 19 janvier 1919 ?
– Que sait-on de la moitié de sa vie passée d’asile en asile ?
Ce documentaire se propose de mettre en lumière le témoignage de ce que l’homme et l’artiste ont voulu laisser à l’humanité, une recherche de l’amour humain, spirituel et religieux, avant de faire naufrage dans la folie.
/ presse
:: Vaslav Nijinski, une âme en exil retrace avec une subtilité et une tenue impeccable ce destin exceptionnel. Le Monde
:: Vaslav Nijinski, une âme en exil est un portrait touchant du danseur et de son époque. Libération
:: Avec infiniment de délicatesse, Elisabeth Kapnist fait la lumière sur la souffrance de ce génie. Un documentaire indispensable. Le Parisien
:: Le film réalisé par Elisabeth Kapnist est un témoignage sensible sur ce danseur et chorégraphe qui allait révolutionner son art. La Vie
:: Ce que le documentaire a de particulièrement beau, d’unique et de boulversant, c’est qu’il fait parfois voir des photographies. On a tout perdu, aujourd’hui, de ce qui faisait l’art de Vaslav Nijinski. Télé Temps
/ générique
Un documentaire d’ Elisabeth Kapnist et Christian Dumais-Lwovski
Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Avec la participation de Tamara Nijinski, Kader Belarbi et John Neumeier
Image Ned Burgess , Frédéric Variot
Son Benoit Canu, Antoine Rodet, Rusty Dogan
Musique originale Richard Bois
Effets spéciaux Jacques Jeangérard
Avec la participation de La Sept Arte
© Kuiv Productions 2000
LE MESSIE
Tout le monde connaît l’oratorio de Haendel, ici on découvre le Messie de William Klein.
L’oratorio est une institution aux Etats-Unis, où innombrables sont les choeurs qui le chantent. La caméra de Klein va les chercher partout, dans les lieux les plus improbables : à Times Square, où se réunit le choeur homosexuel et multiracial de NY, dans une prison de Sugarland, Texas, où les prisonniers entonnent « Un enfant est né, un fils nous est donné », ou encore à Las Vegas, au milieu du nulle part des salles de jeux.
C’est ensuite une manière de visiter le monde, notre monde en cette fin du XXème siècle. C’est une société pétrie de religion que montre Klein, explorateur des multiples territoires de la foi, de ses grands et petits commerces.
Où l’on se surprend à penser à la prédiction d’André Malraux : le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas…
Les plans sont somptueux. On entre de plein pied dans l’univers de Haendel et on comprend la force de son texte lorsque l’image, en accéléré, ne nous montre plus qu’une société atomisée vivant à toute vitesse. Au loin, la ville scintille.
De près, la caméra panote pour nous faire découvrir le caractère dévasté des quartiers des laissers pour compte du rêve américain. Splendeur et déshonneur d’un monde qui laisse ses enfants fouiller dans les décharges publiques pour trouver de quoi se nourrir.
– Mais, est-ce ainsi que vivent les hommes ?
– Si Dieu est avec nous, qui peut être contre nous ?
Tout au long du film, le spectateur est convié au jeu des interprétations. Ainsi, le travail d’assemblage d’une voiture en accéléré rappelle qu’ici on travaille encore à la chaîne, alors qu’ailleurs on manifeste contre le chômage et on pleure de misère. La caméra de Klein multiplie les représentations, les situations et les associations libres tandis que la musique suit sa partition sous la baguette divine de Marc Minkowsky.
Désormais, il sera difficile d’écouter l’oratorio sans y voir les grandeurs et décadences de notre siècle…
/ presse
:: La turbulence des images scande impeccablement le tourbillon des voix, les brouillements des rythmes de Haendel, dont Minkowski, survolte la joie. Klein nous rappelle son premier métier, photographe. Rarement visages de chanteurs ont avoué d’aussi près leur concentration, leur envoûtement, jusqu’à la dépossession de soi-même, par l’émotion musicale. Et la passion du Christ nous bouleverse. Le Messie accomplit encore des miracles. Télérama
:: Magnifiquement humain. Le cinéaste réussit à glorifier l’homme tout en mettant en lumière l’isolement la désolation, la folie du fanatisme, la perdition dans les villes… Le Point
:: L’œuvre est sombre, mais pleine d’une pudique humanité. On a souvent la gorge nouée, le cœur serré. La Croix
/ générique
Un film de William Klein
Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Photographies William Klein, Jacques Brissot
Musique Le Messie de Haendel
Interprétée par Les Musiciens du Louvre
Direction musicale Marc Minkowski
Image William Klein, Francine Filatriau, Pascal Marti
Montage image Françoise Arnaud, Frédéric Attal
Montage son Frédéric Attal
Montage musique Deutsch Grammophon
Avec la participation de Canal+
© Kuiv Productions 1999
MONTAND, LE FILM
D’après le livre d’Hervé Hamon et Patrick Rotman « Tu vois, je n’ai pas oublié« .
Un an avant sa disparition Yves Montand se confiait pendant de longues heures au micro des auteurs de sa biographie.
Yves Montand nous a quitté.
Il nous laisse son plus beau testament : sa voix unique, émouvante, cette voix qui raconte Montand mieux que quiconque…
… les années de jeunesse où l’on manquait de tout, les premiers succès, les femmes exceptionnelles qui ont partagé son destin, l’engagement politique, et puis naturellement, Montand l’artiste, comédien et chanteur au sommet de son art.
L’effet est saisissant : la rencontre de ces images souvent inédites de toute une vie avec la sincérité et la proximité du témoignage nous restitue une part de cette vérité intime si difficile à percevoir.
Sélection officielle au Festival de Cannes 1994
/ presse
:: Jean Labib fait parfaitement passer le talent,
la vitalité, la sensualité de Montand, dans un
portrait jubilatoire qui a le mérite de nous mettre
la joie au coeur et qui donne à chacun, en sortant
de la projection, envie de rire et de chanter.
L’Évènement du Jeudi
:: Pour retrouver Montand tel qu’en lui-même,
un formidable documentaire. Le Nouvel Obs
:: Le film de Jean Labib nous restitue le meilleur
de Montand : sa voix. Le Figaro
:: Un kaléidoscope parfaitement maîtrisé. Le Point
:: Le résultat est sidérant ! Le Parisien
:: On est encore sous le charme. Paris Match
/ générique
Un film réalisé par Jean Labib
Collaboration à la conception
Hervé Hamon et Patrick Rotman
Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Montage Bernard Josse
Image Jean-Jacques Flori
Avec la participation de TF1 Films Production,
de l’INA et de Canal+
© Kuiv Productions 1994
MODE EN FRANCE
Douze films, allant du slapstick au polar, de la comédie au ballet, de la vidéo au collage.
Grace Jones quitte Bond pour Alaïa et Marivaux. Des enfants de quatre ans démontrent que l’habit fait le moine. Nous Deux psychodramatise : des mannequins, couchés en double page dans un confessionnal horizontal, s’épanchent.
Dans un hard Mode Shop, des obsédés voyeurisent dans les cabines, Live et autres peep shows. Trois Mack Sennett covergirls traversent la mode du 20e siècle en accéléré acrobatique. Des adolescents jouent la gamme de tous les looks possibles.
Sapho devient caissière chantante, Tcheky Karyo, commissaire de police, est saisi par le foxtrot. Pour Castelbajac, Arielle Domsbale fait la meneuse de revue, Voulzy et des mannequins Voulzettes chantent, Ben et Di Rosa peignent des robes en direct.
Un magicien met une soirée mondaine dans sa poche. Jean-Paul Gaultier habille tout un quartier de Paris, des bouchers aux putes, ménagères et pickpockets. Etc…
En 12 séquences débridées, William Klein donne le mode d’emploi de la mode et des Nouveaux Créateurs et répond à la question :
– Qui fait la mode et pourquoi ?
Il montre qu’on peut très bien vivre sans la mode mais que ce serait moins drôle !
/ presse
:: Plus complice du spectacle de la mode que de la mode elle-même, William Klein a fait, de ce film sur les « nouveaux créateurs », un exercice de style, souvent ludique, parfois emprunt de dérision. Et assez déroutant. Télérama
:: En douze séquences loufoques ou pathétiques, comédies ou ballets, slapstick ou polars, le génial William Klein donne la mode d’emploi. Gainsbourg signe la musique. C’est la beauté on the beat et la télé on the hit. Le Nouvel Observateur
:: William Klein a un mérite énorme : avoir fait d’un sujet conventionnel à souhait une approche originale, esthétique et ultra personnelle.On aime bien sa façon très dérisoire et humoristique de le traiter. Le Progrès
:: Mode In France : il ne nous reste plus qu’à rêver devant cette magnifique vitrine. Le Quotidien
/ générique
Un film de William Klein
Produit par Michel Rotman
Musique originale Serge Gainsbourg
Directeur de la photo Gérard De Battista
Cadrage William Klein, Gérard De Battista
Montage Nelly Quettier, Philippe Wampfel
Son Louis Gimel, Pierre Klein
Avec la participation de TF1
© Kuiv Productions 1985
